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Bảo tàng lịch sử Quốc gia

Musée National d'Histoire du Vietnam

17/04/2026 15:55 319
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La cargaison intacte d’une épave datant du début du Iᵉʳ siècle ap. J.-C. vient d’être fouillée au large d’Hauterive. Inédit et exceptionnel.

 

Immense, inédit. Plus de 600 à 700 objets ont été fouillés dans le plus grand secret au fond du lac de Neuchâtel pendant deux ans. Une cargaison du début du Iᵉʳ siècle ap. J.-C., dont les enseignements sont déjà exceptionnels.

On était là, à peine quelques mètres de profondeur au large d’Hauterive, et on a finalement allumé nos lumières. Je peux vous dire qu’on est restés de longues minutes sans bouger, en réalisant ce qu’on venait de trouver.» Fabien Langenegger, archéologue à l’ Office de l’archéologie cantonale neuchâteloise (OARC) se souvient encore de sa plongée du 24 novembre 2024. Quelques assiettes romaines, entières, renversées dans le sable, entre les algues, les moules et les écrevisses. Puis des dizaines. Puis des dizaines encore. Une cargaison entière qui reposait au fond du lac depuis les années 20 à 50 ap. J.-C. Jamais l’archéologie suisse n’avait vécu une pareille découverte.

En fait, elle est inédite ou presque en Europe, unique hors de l’Italie antique. Les seules épaves ayant livré leur contenu sont des exemplaires célébrissimes en Méditerranée ou dans le Rhône, à Arles. Et encore, sans une cargaison comparable. C’est dire si la découverte faite dans le lac de Neuchâtel est majeure.

 

Si le matériel est miraculeusement intact, il reste de longues heures de restauration, dépassant largement les capacités actuelles des musées.

Voilà des décennies voire plus que les archéologues racontent nos lacs et cours d’eau comme des autoroutes antiques. Une bonne partie des biens et des personnes y transitaient, menés par des bateliers qui sont devenus de puissantes corporations commerciales - les nautes de Vidy ou d’Avenches notamment, aux mains des notables d’alors: des tonnes de matériaux de construction, de denrées, de matières précieuses, de produits qui ont bâti des villes et alimenté la frontière nord de l’Empire. Ces olives, vins et autres délicatesses ont été les vecteurs de la romanisation de nos régions. Mais il manquait la preuve lacustre, autre que les morceaux de batellerie ou les épaves vides. Voici enfin la pièce manquante du puzzle.

Opération hors norme à Hauterive

La fouille subaquatique, une opération hors norme menée conjointement par l’archéologie neuchâteloise, des renforts fribourgeois, les spécialistes de la Fondation Octopus ainsi qu’avec des financements privés, a été menée dans le plus grand secret pendant deux ans. Personne, même parmi les initiés, n’avait été mis au courant. Et pour cause: dans un secteur à faible profondeur, non loin des rives, des pillards auraient pu intervenir, sans parler des risques liés au courant du lac, aux pêcheurs et aux plaisanciers.

Le site est apparu très récemment, dans les vues aériennes que l’archéologue Fabien Droz réalise régulièrement pour surveiller les fonds et les sites Unesco, tous concernés par l’érosion continue du lac depuis les corrections des eaux du Jura. Une zone sombre, bientôt confirmée par des drones, qui peuvent désormais investiguer jusqu’à 10 mètres sous la surface du lac, également grâce à une eau qui gagne en clarté. Impossible il y a encore quelques années.

“Au début, on s’attendait à tomber sur un dépôt d’anciennes mines militaires, note Fabien Langenegger, jamais sur une cargaison romaine parfaitement intacte. Les assiettes et les bols sont soigneusement déposés, doucement couchés», raconte le directeur du Laténium, Marc-Antoine Kaeser, qui s’attend déjà à devoir transformer son musée.

 

Des chars romains sont connus par les textes ou des mosaïques, mais aucune roue entière n’avait jamais été retrouvée dans un aussi bon état. Il y en a quatre. Le char a sans doute été démonté avant d’être placé sur le chaland.

Le trésor du lac de Neuchâtel

Mais de quoi parle-t-on exactement? D’une véritable mine d’or archéologique. La fouille du site sobrement baptisé «Hauterive Hauts-Fonds» s’est étendue sur un secteur de 60 sur 40 mètres, et elle n’est pas finie. On distingue à ce stade 500 à 600 pièces de céramique, dont en tout cas deux lots neufs, sortant des ateliers et soigneusement empaquetées dans des caisses de chêne ou de sapin dont des portions sont conservées, tenues probablement par de la paille. S’y ajoute la vaisselle du bord: les matelots disposaient de leur petit vaisselier, en céramique commune, avec un mortier de cuisine dans lequel des restes de repas sont conservés et feront l’objet d’analyses poussées, le tout tenu dans un petit panier. Fruste. C’est dire la dure réalité de la vie de batelier,

La cargaison était sans doute posée sur un char, dont il reste des éléments en frêne, avec ses quatre roues, les premières jamais trouvées en Suisse. Le modèle exact de la célèbre mosaïque d’Orbe-Boscéaz. Il y a là des enseignements inédits sur le monde des transports et des routes gallo-romaines. C’est même un renversement: on pensait ces robustes chariots limités au trafic local. Non loin, les mors des chevaux et du harnachement suggèrent que les cavaliers laissaient probablement les bêtes à terre, emportaient leur matériel, puis trouvaient montures fraîches à l’arrivée.

À cela s’ajoutent deux amphores de Bétique probablement pleines d’huile espagnole, intactes, et les morceaux de trois autres. Un tonneau. Une fibule. Un chaudron en bronze. Une situle, des pièces métalliques. Et trois glaives de légionnaires de type Mayence, parfaitement intacts dans leur fourreau de bois, avec le manche en ivoire et des morceaux de ceinturon.

Et ce n’est pas fini. L’exploration du secteur, que le lac a visiblement fraîchement dégagé de ses sables, se poursuit. «On en est à plus de 500 numéros d’inventaire», note la conservatrice du patrimoine Candice Chagny, penchée sur 24 caisses immergées, ramenées du lac la veille. Et ça continue.

 

Fabien Langenegger, responsable de l’opération, évoque une zone très prometteuse du lac de Neuchâtel, où d’autres épaves ont déjà été retrouvées et où d’autres pourraient encore surgir. Directeur du Laténium, Marc-Antoine Kaeser parle d’un nouveau jalon dans l’archéologie des Trois-Lacs.

Joran sur une cargaison romaine

Le scénario des événements? Les archéologues sont encore prudents. Ils pensent à un chaland, venant d’Yverdon (Eburodunum) ou Avenches ( Aventicum), en difficulté sur le lac. La cargaison s’étendant sur 600 mètres, les marins auraient voulu se délester, avant que la barque ne se sauve ou finisse par couler plus loin. Les recherches se poursuivent.

“Ce secteur du lac est celui où les vagues se forment avec la plus grande puissance et où le Joran peut faire chavirer, note l’ancien archéologue cantonal et grand spécialiste de la batellerie, Beat Arnold. Une barque du XVIe siècle a été retrouvée non loin.» Pour lui, la découverte n’est pas une surprise en soi, mais sa qualité et son ampleur sont tout simplement exceptionnelles. «Espérons que la barque ou même un petit segment soit retrouvés, ce qui permettra de dire si elle était romaine, ou de tradition indigène.”

À bord, ce vaste lot céramique – surtout assiettes, bols, coupelles et gobelets – fait partie de ce qu’on appelle les imitations, des formes produites dans la région en copiant le vaisselier romain. L’analyse débute à peine, mais il s’approche sans doute des productions de Lousonna ou Eburodunum. En voilà une commande importante.

Le matériel a donc été daté des années 20 à 50 ap. J.-C., une fourchette confirmée par analyse C14 et la dendrochronologie – la datation des cernes du bois – qui livre un 17 ap. J.-C. pour une des caisses. C’est une période charnière, quand la région passe définitivement sous le joug romain. Les glaives à bord sont par ailleurs peut-être signe d’une escorte, d’une conquête encore en cours, la Pax Romana n’étant pas encore à portée de rame. À moins qu’il ne s’agisse d’une partie de la cargaison elle-même tombée par-dessus bord. À voir.

Défi pour l’archéologie

Avec prudence, les archéologues imaginent une barque, peut-être à destination du camp légionnaire de Vindonissa (Windisch, AG), fondé justement sous Tibère, qui y installe la célèbre XIIIe Gemina. Ou encore plus loin: l’Aar menait à Constance puis au Rhin. Nous n’en sommes qu’aux débuts. «Ne mettons pas d’ornières» à la recherche, note Marc-Antoine Kaeser, qu’il veut ouverte à l’international et au public. Elle va non seulement raconter une histoire. Elle peut enfin modeler, cartographier, illustrer la réalité des voies commerciales aux débuts de l’Empire.

 

La céramique exportée est encore soigneusement empilée, deux millénaires après avoir fait naufrage.

C’est également une responsabilité et un défi, selon Marc-Antoine Kaeser. En effet, aucune institution suisse n’est dimensionnée pour restaurer, conserver et étudier une découverte aussi importante. Rien que la céramique nécessite des bassins spéciaux, à température réglée, dépassant de cinq fois les capacités du Laténium. Il faudra de nombreuses heures pour enlever une algue encore inconnue, moules et concrétion sur une seule assiette. Rien que les glaives, fragiles, demanderont des protocoles nouveaux. Sans parler des études et de la valorisation à terme. Entre les lignes, il faudra des moyens et des fonds pour que ce véritable trésor ne devienne pas le nom d’un nouveau naufrage.

 

Pour la conserver, la céramique va passer dans un bac spécialisé- à 6 degrés, comme l’eau du lac - afin d’enlever toute salinité. Suivront ensuite des jours de séchage progressif, avant des heures de restauration fine. Des estampilles permettront peut-être de déterminer l’origine.


https://www.24heures.ch/

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