L’étude des résidus calcaires présents dans les thermes de la cité antique a révélé que les habitants de Pompéi se baignaient dans une eau insalubre avant l’arrivée d’infrastructures hydrauliques plus développées (et hygiéniques).
L'image des bains publics de Pompéi, longtemps associés au raffinement romain, est aujourd’hui égratignée par une nouvelle étude qui fait état d’une tout autre réalité. Les bassins étaient rarement renouvelés. L’eau y stagnait, souillée par de l’urine, de la sueur et des résidus organiques, dans lesquels s’immergeaient les habitants de la cité antique lorsqu’ils se lavaient. Avant l’installation d’un aqueduc romain au Ier siècle de notre ère, le peuple dépendait essentiellement des puits et de citernes, un système qui rendait le renouvellement de l’eau laborieux… donc rare.
Publiée dans la revue PNAS, l’étude, menée par huit chercheurs allemands et autrichiens, se base sur l’analyse chimique des dépôts de calcaire accumulés dans les canalisations, les bassins et les puits de la ville, plus tard détruite par l’éruption du Vésuve.
Des conditions médiocres
Ces incrustations ont conservé la signature des eaux utilisées à l’époque, démontrent les auteurs, soulignant avoir trouvé des traces de matières organiques, preuves qu’elles étaient contaminées. Une "forte chute des valeurs de carbone" mise en exergue dans les résultats vient aussi confirmer une pollution importante. En outre, l’absence de savon, remplacé par de l’huile d’olive, accentuait "encore" la dégradation de la qualité de l’eau, notent-ils.
Les bassins seraient restés dans cet état 130 ans avant Jésus-Christ et jusqu’à la fin du Ier siècle après sa naissance. À cette période, Pompéi n’était pas encore pleinement intégrée au système d’infrastructures romain. "L’eau ne pouvait pas y être renouvelée plus d’une fois par jour. L’expérience du bain n’était pas hygiénique et, par conséquent, peu engageante", explique l’équipe derrière ces travaux.
Un lieu social
Ainsi, seul le premier arrivé dans la salle après le remplissage quotidien avait accès à une eau relativement propre. Les scientifiques avancent que, sans doute, de nombreux habitants limitaient leurs baignades et préféraient se réunir autour des bassins pour discuter, car les thermes jouaient aussi un important rôle social.
Il aura fallu attendre l’arrivée de l’aqueduc romain pour que la situation s’améliore progressivement, avec une eau de meilleure qualité et plus régulièrement changée. Les traces chimiques retrouvées dans les conduits les plus récents l’attestent. Mais cette modernisation n’évacuait pas les contraintes techniques, l’entretien des infrastructures faisait inlassablement partie du quotidien antique.