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Bảo tàng lịch sử Quốc gia

Musée National d'Histoire du Vietnam

28/11/2025 15:26 568
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À Naachtun, au Guatemala, une mosaïque de tesselles rouges s'est avérée être un plateau de jeu directement intégré dans le sol d'un bâtiment, offrant aux archéologues un aperçu inédit de la vie quotidienne et des croyances des Mayas du classique ancien.

 
 

aachtun, ancienne cité maya du nord du département du Petén au Guatemala, à quelques kilomètres du Mexique, se distinguait autrefois par son isolement, son centre monumental… et son rôle politique singulier, parfois comme zone tampon entre les grandes puissances classiques qu'ont été Tikal et Calakmul.

Aujourd'hui, une découverte en son sein fait vaciller les connaissances établies sur les pratiques ludiques de ses anciens habitants. Il s'agit d'un plateau de jeu patolli d'un genre nouveau, puisqu'il n'était pas gravé dans le sol, mais intégré directement dans un bâtiment du classique ancien (Ve siècle apr. J.-C.), comme le décrivent les archéologues dans la revue Latin American Antiquity le 5 novembre 2025.

Jeu, rituels et architecture

Bien que le patolli soit surtout connu dans le centre du Mexique de l'époque postclassique, où il désigne un jeu de parcours et de pari comparable aux jeux de course de pions, les archéologues emploient ce terme de manière générique pour décrire divers jeux de plateau mésoaméricains – y compris mayas –, sans présumer d'un lien direct avec la version aztèque.

Ainsi, dans la région maya, plusieurs dizaines de ces plateaux ont été identifiées, presque toujours dans les basses terres, souvent gravées dans des bancs de pierre, des sols de palais ou des marches d'escaliers de temples. La forme la plus courante consistait en un cadre rectangulaire, au sein duquel un circuit de cases dessinait une croix.

Ce qui rend le plateau de Naachtun si unique n'est pas cette forme, mais sa technique de fabrication. Alors que l'immense majorité des patollis connus étaient incisés ou dans de rares cas, peints, il a quant à lui été construit en incrustant soigneusement 478 fragments de céramique rouges dans le mortier frais. Les tesselles provenaient d'au moins douze vases du Ve siècle apr. J.-C., situant le jeu parmi les plus anciens exemples du monde maya. Vu leur petite taille et leur état usé, il est probable que les constructeurs de la cité les aient récupérées dans un dépotoir domestique à proximité, recyclant de la céramique cassée. Pour autant, les mosaïques dans les sols sont extrêmement rares dans l'architecture maya.

Il était depuis longtemps soupçonné que le patolli était plus qu'un simple divertissement; il aurait relevé du rituel, voire de la communication avec l'au-delà. Pour autant, jusqu'à présent, son statut exact restait flou, notamment parce que les plateaux connus semblaient avoir été ajoutés tardivement sur des surfaces déjà existantes.

La trouvaille de Naachtun change la donne. Elle révèle que le jeu n'était ni un graffiti tardif, ni une improvisation, mais bien un élément élaboré prévu dans l'architecture – peut-être, pour un usage quotidien, cérémoniel, ou même les deux. De quoi repenser la place du jeu dans la vie sociale maya.

Une activité au cœur de la cité ?

Le plateau a été trouvé dans le "complexe résidentiel 6L13", à quelques dizaines de mètres seulement de qui était autrefois le centre politique de Naachtun. Le bâtiment qui l'abrite intrigue : aucune trace d'enceinte n'entoure le sol, laissant penser que le jeu pouvait se pratiquer dans un espace semi-public, sous le regard de plusieurs personnes. Était-ce un lieu de sociabilité ? Un endroit où se concluaient des alliances ? Un espace réservé aux paris de l'élite locale ? Ou le premier indice d'une tradition architecturale encore inconnue ?

Les auteurs de l'étude ne peuvent pas encore trancher. Ils soupçonnent par ailleurs que les tesselles rouges pourraient avoir une signification cosmique. Dans la pensée maya, le rouge est associé à l'Est, direction du lever du soleil et des renaissances symboliques. Le plateau n'a malheureusement pas été retrouvé complet. Près de la moitié a été détruite ou endommagée par des activités de construction ultérieures. Malgré les dommages, son côté ouest, le mieux conservé, comptait 11 cases ; son côté nord semble en avoir eu 7. D'après la reconstruction réalisée par l'équipe de recherche, l'ensemble en aurait comporté un total de 45.

La portée de cette trouvaille dépasse ainsi la seule dimension esthétique ou technique, rarement associée aux sols précolombiens – où la mosaïque était en effet presque absente avant l'arrivée des Européens. Elle révèle que certains plateaux de jeu étaient de véritables éléments architecturaux planifiés, intégrés dès l'origine dans des espaces communautaires ou résidentiels d'élite. L'investissement important en temps et en effet qu'exigeait leur fabrication suggère par ailleurs que le jeu qui s'y déroulait occupait une importance significative dans la vie des habitants des lieux. Longtemps éclipsée par Tikal et Calakmul, Naachtun pourrait ainsi devenir un site clé pour éclairer la culture ludique des anciens Mayas.

https://www.geo.fr/

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