
Fouille de la fondation de bâtiment en remploi dans une contruction du XIXe siècle © Flore Giraud / Inrap
Des fouilles archéologiques menées sur la base navale de Toulon dévoilent des vestiges insoupçonnés sur plus de deux millénaires, de l’Antiquité à la Marine Royale, et nous en apprennent davantage sur l’histoire du littoral méditerranéen.
Dans le cadre du vaste projet de réaménagement du port militaire de Toulon, des fouilles préventives menées par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), sous la supervision de l’État et du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-Marines (Drassm), ont mis au jour des vestiges inattendus. Alors que la base navale prépare l’accueil du futur Porte-Avions Nouvelle Génération (PA-NG), inscrit dans un programme s’étendant jusqu’en 2035 pour renforcer la place de Toulon comme premier port militaire d’Europe, ces recherches révèlent une occupation du site depuis l’Antiquité jusqu’à l’époque moderne.
Les premières fouilles archéologiques
C’est une première pour la base navale de Toulon. Jamais encore des fouilles archéologiques n’y avaient été menées. Ce chantier exceptionnel révèle aujourd’hui des éléments enfouis sur l’histoire du site, retraçant une occupation bien antérieure à la fondation de l’agglomération romaine de Telo Martius, dans la première moitié du Ier siècle, jusqu’aux aménagements réalisés par la Marine royale à la fin du XVIIe siècle.
La poudrière Milhaud (XVIIe siècle) et son quai remis en eau pour la fouille archéologique © Base navale de Toulon
Centré sur l’ancienne île Milhaud, le projet a mobilisé à la fois des recherches terrestres et subaquatiques, menées simultanément sur cette zone autrefois séparée du continent par la mer. Si le secteur de Milhaud 7 est désormais entièrement comblé, l’eau y affleure encore. Pour étudier au mieux la structure du quai et les vestiges portuaires, l’Inrap a choisi de rétablir un plan d’eau temporaire qui transforme le chantier en une « piscine archéologique » où les plongeurs prennent le relais des archéologues de terrain.
Aux origines antiques du port de Toulon
Les découvertes les plus anciennes remontent à plus de deux millénaires, autour du IIe siècle av. J.-C., une époque où la région constituait un véritable carrefour de rencontres et d’échanges entre les peuples gaulois, les Grecs de Marseille et les Romains. Les fouilles ont permis d’identifier les vestiges d’un vaste ensemble architectural, s’étendant sur plusieurs milliers de m2, qui aurait regroupé des « habitats et activités liées à l’artisanat, à la pêche et au commerce ». Un abondant mobilier, comprenant des fragments de céramique, des pièces de monnaie et des objets importés notamment du sud de l’Italie, a également été mis au jour. Ces trouvailles suggèrent « la présence d’un atelier monétaire, hypothèse qui devra être vérifiée lors de la fouille » et confirment l’intégration précoce du site dans les réseaux d’échanges méditerranéens.
Plan de la rade de Toulon publié en 1700 (BNF, dép. des cartes et plans, GE DD-4586 (6RES) f°56, carte 15n d’après Gallica) © BNF
Les traces de la Marine royale
Parmi les rares témoins encore visibles de l’histoire de l’île Milhaud, la poudrière édifiée par la Marine royale à la fin du XVIIe siècle demeure l’un des derniers exemples conservés de cette époque. Les fouilles ont également révélé les traces d’un imposant quai, autrefois utilisé pour le ravitaillement des navires en poudre et en munitions.
La poudrière Milhaud (XVIIe siècle) et son quai en cours de fouille subaquatique par les archéologues plongeurs de l’Inrap © Flore Giraud / Inrap
La zone, dégagée des remblais des années 1930 qui avaient alors relié l’île au continent, a laissé apparaître un quai de près de 80 mètres de long, désormais accessible à une étude complète. Les archéologues s’intéressent à la structure de ses fondations en pieux de bois et aux aménagements portuaires qui l’entourent. Les recherches subaquatiques laissent quant à elles penser que les profondeurs du bassin pourraient « révéler des vestiges liés à son fonctionnement ou bien des vestiges plus anciens ». Dans la partie sud-est, les chercheurs ont déjà identifié des fragments de verre, de porcelaine et plusieurs objets métalliques, ainsi qu’un canal, couvert de briques, adossé à la poudrière.
Détail d’un niveau de sol du début du XXe siècle dans le secteur sud-est de l’ancienne île Milhaud (fragments de verre, de porcelaine et objets métalliques divers: anse de seau, vis, écrous, cartouches, lames) © Flore Giraud / Inrap
Les recherches, toujours en cours, n’ont encore dévoilé qu’une partie de ces trésors enfouis. La poursuite de cette campagne devrait cependant apporter de nouvelles révélations sur l’histoire encore méconnue du port de Toulon et pourrait confirmer plusieurs hypothèses déjà avancées par les archéologues.