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Bảo tàng lịch sử Quốc gia

Musée National d'Histoire du Vietnam

08/07/2026 15:06 569
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Lors de la phase de reconnaissance des trésors nationaux en 2025, le Musée National d’Histoire du Vietnam (MNHV) a présenté, parmi d’autre objets rares et précieux, de grand valeur exceptionelle, représentants exceptionnels de différentes périodes de l’histoire et de la culture du Vietnam, les deux dossiers de trésors nationaux, dont la statue de la Déesse Durga, un artefacts ramené au MNHV dans le cadre du rapatriement d’antiquités conformément à la Convention de l’UNESCO de 1970 sur les mesures visant à prévenir et à interdire l’exportation, l’importation et le transfert illégaux de biens culturels.

1. Le processus de rapatriement de la statue de la Déesse Durga

Le 22 juin 2022, le site web du Département de la Justice des États-Unis a annoncé la saisie de 12 millions de dollars et une statue en bronze datant du VIIe siècle d'origine vietnamienne. Il s'agissait de la plus importante saisie d'objets culturels à ce jour. Plus précisément, en 2019, les enquêteurs du Bureau des enquêtes de sécurité intérieure de New York ont ​​poursuivi en justice Douglas Latchford, collectionneur et marchand d'antiquités britannique, pour commettre un crime de trafic de nombreux objets culturels khmers sur le marché international en falsifiant des documents juridiques afin d'en dissimuler l'origine. En septembre 2020, Douglas Latchford est décédé en 2020 avant d’être jugé. Ce dernier avait reçu plus de 12 millions de dollars grâce à ce trafic, via un compte bancaire à Bailiwick, Jersey (Royaume-Uni). Vers 2008-2009, Latchford s'était rendu au Vietnam pour acheter une statue en bronze à quatre bras de la déesse Durga, datant du VIIe siècle, avec une somme d’argent provenant de la contrebande. Suite à un accord à l'amiable avec la plaignante, la fille de Latchford, le procureur du district sud de New York a ordonné la confiscation de 12 millions de dollars et de la statue en bronze de la déesse Durga.

Auparavant, le 21 juin 2022, l'ambassadeur Nguyen Quoc Dung a rencontré M. Mark Vlasic, avocat et maître de conférences et chercheur principal en droit et politique publique à l'Université de Georgetown, conseiller principal du Directeur général de l'UNESCO sur la protection du patrimoine culturel. M. Vlasic a informé l'ambassade du Vietnam au Royaume-Uni de cet incident et a ajouté que la statue en bronze de la déesse Durga trouvée à Londres (Royaume-Uni), selon les experts, est estimée à 18 millions de dollars américains. Il est prévu qu’elle soit restituée à l’ambassade vietnamienne au Royaume-Uni à la fin d’août 2023.

Après avoir reçu ces informations de l'ambassade du Vietnam aux États-Unis, l'ambassade du Vietnam au Royaume-Uni a travaillé avec le ministère des Affaires étrangères et les autorités britanniques compétentes sur la statue. Sur cette base, il a envoyé des télégrammes officiels au ministère vietnamien de la Culture, des Sports et du Tourisme pour solliciter son avis concernant la réception de la statue en bronze de la déesse Durga. Parallèlement, l'ambassade du Vietnam au Royaume-Uni a également évoqué les options pour la réception et le transport de la statue en bronze de la déesse Durga vers le Vietnam.

Sur la base des directives du Ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme (MCST), à partir de la mi-août 2023, le MNHV a élaboré un plan et des modalités pour la réception et le transport de la statue en bronze de la déesse Durga vers le Vietnam. Grâce au dévouement et au sens des responsabilités, en sollicitant des financements auprès de partenaires et de collectionneurs, au début de 2024, une délégation de cadres du MCST, en collaboration avec le MNHV et des sponsors, s'est rendue au Royaume-Uni pour évaluer l'état et la valeur de la statue de Durga, et pour superviser son emballage et son rapatriement. Le 21 février 2024, la statue de la déesse Durga est arrivée à l'aéroport de Nội Bài (Hanoï), puis est actuellement conservée au MNHV après 15 ans de trafic et de dispersion à l'étranger.


 

Les experts procèdent à l'emballage de la statue de la déesse Durga selon les normes internationales de conservation, pour préparer son rapatriement au Vietnam.

 
 La cérémonie de publication des résultats de la réception et du rapatriement de la statue de la déesse Durga

2. La statue de la Déesse Durga

2.1. Dans l'hindouisme, Durga est la déesse suprême, également connue sous les noms de Devi et Shakti. La déesse Durga est vénérée dans toute l'Inde, en particulier dans les États de l'est. Elle est également une divinité majeure au Népal et apparaît dans les traditions bouddhistes de Jaina et de Sikh. Les fêtes de Durga Puja et de Navratri, organisées chaque année pour honorer la déesse, sont les fêtes les plus importantes du sous-continent indien. (Une partie des références à Durga apparaît dans certains des plus anciens textes sanskrits. La déesse Durga est mentionnée dans des hymnes du Rigveda et de l'Atharvaveda, datant d'environ 1500 à 1200 avant J.-C.). Deux textes en écriture hindoue connus sous le nom de Parunas, sont dédiés à la déesse: Devi MahatmyaMarkandeya Purana (entre le Ve et VIe siècle après J-C) et Devi Bhagavata Purana (entre le VIe et le XIVe siècle après. J.-C.). Les références à la déesse Durga peuvent également être trouvées dans les épopées indiennes du Ramayana et du Mahabharata.

Selon la légende, Durga fut créée par les dieux masculins dans la mythologie hindoue pour détruire le démon Mahishasura. Ce dernier a reçu une faveur de Brahma qui le rendait invincible face aux adversaires masculins, et lui et ses troupes ont attaqué les dieux et les ont chassés du royaume céleste de Svarga. Impuissants face à leur ennemi, les dieux, menés par la trinité de Brahma, Vishnu et Shiva, ont uni leurs pouvoirs pour créer une déesse dotée d’une force guerrière et l'ont équipée de leurs propres armes (Trishul: le trident du dieu Shiva; Chakra Sudarshan: le disque de Vishnu; le Lotus offert par Brahma; Vajra: la foudre offerte par le dieu de la foudre Indra; la Lance: du dieu du feu Agni; l’Épée offerte par la déesse Ganesha; l’Arc et flèches offerts par le dieu du vent Vayu; Shankha: la conque, symbole du dieu des eaux Varuna; la Hache offerte par Vishvakarma et le Serpent offert par Shiva). Portant en elle leur énergie collective (Shakti), Durga est à la fois l'incarnation des dieux masculins et la véritable source de leur force intérieure. Elle est aussi plus grande que n'importe qui d'entre eux.

Par conséquent, la Déesse Durga est également connue sous le nom de Déesse de la Férocité. Le nom de la déesse Durga compte au moins 108 noms, et sa liste de noms (namavali) est récitée lors des rituels. Dans cette liste, on trouve neuf aspects de la déesse vénérés dans la fête de Navratri. Ces neuf aspects sont appelés Navadurga, représentant le cycle de vie de la déesse, à partir de l'enfance jusqu'à devenir un exterminateur de démons et à atteindre l’éveil spirituel, y compris: 1. Shailaputri (Fille du Dieu de la Montagne); 2. Brahmacharini (écolière): la période ascétique; 3. Chandraghanta (cloche en forme de croissant): la forme guerrière; 4. Kushmanda (Œuf Cosmique): l'incarnation de Shakti; 5. Skandamata (Mère de Skanda): La période de maternage; 6. Katyayani (détruire le démon): la forme caractéristique de Mahishasuramardini; 7. Kalaratri (Déesse des Ténèbres): la forme destructive; 8. Mahagauri (la grande splendeur): la phase de rétablissement; 9. Siddhidhatri (celui qui accorde des pouvoirs surnaturels): la forme d'évolution la plus élevée.

La déesse Durga et ses incarnations ont des formes différentes et sont respectivement représentées dans l'art, la sculpture; les statues de la déesse sont créées dans les fêtes. L'image de Durga qui est en train de tuer le démon buffle Mahishasura, est vénérée dans la fête de Durga Puja. Les cinq dernières incarnations (Skandamata, Katyayani, Kalaratri, Mahagauri và Siddhidhatri) possèdent quatre bras; Shailaputri et Brahmacharini ont deux bras, tandis que Chandraghanta et Kushmanda en ont respectivement dix et huit. Le vahana, ou monture, est très varié, allant de l'absence de monture (Brahmacharini) au tigre ou au lion, en passant par le taureau Nandi (généralement la monture de Shiva), l'âne, le taureau et le lotus. Parmi les neuf aspects, Mahagauri est réputée pour sa beauté, tandis que Kalaratri est négligée et a une apparence terrifiante. Kali, féroce et souvent identifiée à Kalaratri, représente l'aspect le plus effrayant de la déesse: elle a des cheveux sauvages, une langue tirée et porte une guirlande de crânes.

Le Durga Puja est une fête majeure organisée pour rendre hommage la déesse Durga. Il s’agit de la fête traditionnelle dans les États de l'est de l'Inde. Elle est organisée de manière très solennelle pendant cinq jours au Bengale occidental, en Assam, au Tripura, en Odisha, au Bihar, au Jharkhand et dans l'est de l'Uttar Pradesh. Au fil du temps, Durga Puja est devenue une fête populaire dans les centres urbains du nord et de l'ouest de l'Inde, comme Delhi et Mumbai, et dans les communautés des indiens à l’étranger. En plus, la fête de Navratri est également célébrée dans le nord, l’ouest et le centre de l’Inde. Les fêtes de Durga Puja et de Navratri se terminent respectivement aux jours de Vijayadashami et de Dussehra, symbolisant la victoire du bien sur le mal dans le dixième jour. La fête de Durga Puja est organisée pendant quatre jours au Bangladesh, un pays à majorité musulmane. Au Népal, c’est la fête majeure, appelée Dashain. Durga apparaît également dans d'autres religions du sous-continent indien, malgré qu’elle ne soit pas activement pratiquée le culte. Le bouddhisme Vajrayâna a intégré plusieurs divinités houdoues dont Durga, à ses traditions religieuses. Les représentations de la déesse connue sous le nom de Mahishasuramardini ont été découvertes lors des sites bouddhistes en Inde et dans d'autres pays, tels que l'Indonésie. La déesse bouddhiste Tara est souvent assimilée à Durga. Des déesses bouddhistes du Népal, du Japon et du Tibet possèdent également des attributs de Durga ou ses formes associées. Les images de Durga figurent dans certains anciens temples jaïns, y compris des temples dans la grotte d'Ellora. La déesse est mentionnée et exaltée dans le Dasam Granth, texte sacré du Sikhisme, souvent associé à Guru Gobind Singh, le dixième chef spirituel de cette religion.

Au Vietnam, on connaît actuellement la statue de la déesse Durga, œuvre représentative de la culture d'Óc Eo, datant du VIIe - VIIIe siècle, sculptée en grès, découverte à Trà Vinh en 1902. Et elle actuellement conservée au Musée d'Histoire de Hô Chi Minh-Ville.

Dans la culture Cham, une culture qui également fortement influencée par l'hindouisme indien, l'image de la déesse Durga est mentionnée dans de nombreuses inscriptions et est représentée sous différentes formes avec divers incarnations et noms tels que Devi, Parvati, Saraswati, Kali ou Mahishasuramardini, etc. Cependant, sous la forme d'une statue ronde et coulée en métal, la statue rapatriée cette fois-ci est le premier et le seul artefact connu de la déesse Durga.

2.2. La statue de la déesse Durga est coulée en alliage de cuivre, de type statue ronde, de grande taille, avec un hauteur totale de 191 cm (la partie de la statue de la déesse mesure 157 cm de haut, équivalant à la taille d'un humain). La déesse se tient debout, avec les hanches déhanchées, le torse nu, et elle porte un long sarong. La tête de la statue est représentée avec minutie et finesse. Ses cheveux sont tressés en plusieurs nattes et coiffés en un chignon haut. Son visage ovale présente des yeux légèrement fermés, des sourcils arqués, un nez droit, un sourire esquissé, un menton rond et un cou à trois bourrelet. Le corps de statue est sculpté avec une silhouette fine et régulière, son torse nu, sa poitrine galbée et son ventre plat révélant des plis marqués. Le bas du corps est vêtu d'un sarong à deux épaisseurs qui descend jusqu'aux chevilles.

 La statue de la déesse Durga

La statue a quatre bras: les deux bras supérieurs sont levés à hauteur d'épaule; les deux bras inférieurs sont tendus vers l'avant, perpendiculairement au corps; les attributs qu'elle tenait ont disparu; ses pieds nus et larges aux orteils bien définis. L’ensemble de la statue se trouve des traces de corrosion, d'oxydation, de rouille, ainsi que de nombreuses fissures et petites ébréchures. Le sommet de la tête est ébréché et il manque un morceau aux deux oreilles. Il manque également les objets tenus dans les quatre mains. Le petit doigt et l'annulaire de la main droite ont été fracturés et fissurés en bas, et ont été recollés. Le pied droit fissuré a été consolidé et réparé.

Sur la base des recherches et de l'évaluation par la méthode spécialisée, avec le soutien des méthodes scientifiques naturelles, permettant de déterminer la composition en alliage de l'artefact, il est possible de confirmer que la statue de la déesse Durga est un objet original. En particulier, au cours du traitement de l'affaire, le Conseil des Arts de Grande-Bretagne a expertisé et déterminé que la statue datait du VIIe siècle, et a proposé pour cette statue une valeur symbolique de 14.184.397 livres sterling (environ 480 milliards de dôngs vietnamiens).

 Les détails du visage de la statue de Durga

Après que la statue a été restituée au Vietnam et est conservés au MNHV, le musée a créé un Conseil, composant d’experts en histoire, en archéologie, en culture, en art et en antiquité pour évaluer l'état actuel et déterminer clairement la nature, la datation, l'origine et la valeur de la statue en bronze de la déesse Durga. Le conseil a conclu “Cette statue est coulée en alliage de cuivre. Elle a une grande taille et un état de conservation relativement intact. Datant d'environ le VIIe siècle et appartenant à la culture Champa (Vietnam), il s'agit d'un objet rare et précieux, d'une très grande valeur historique, culturelle et artistique.

Le MNHV a procédé au prélèvement d'échantillons pour analyser la composition de l'alliage de bronze de la statue. Les résultats de l'analyse montrent que cette statue a été coulée en utilisant un alliage de cuivre - étain - plomb, similaire à l'alliage traditionnel de l'époque à laquelle la statue a été produite. La proportion des métaux et les caractéristiques de cet alliage sont comparables à celles des objets en bronze du Champa datant du VIIe siècle, découverts à Quảng Khê (Centre du Vietnam) en février 1929 et actuellement conservés dans la réserve du MNHV, etc, cela qui atteste l'authenticité, la datation et l'origine autochtone de la statue.

3. La valeur exceptionnelle de la statue de la déesse Durga

On peut dire que la statue en bronze de la déesse Durga rapatriée est un artefact d’une valeurs unique et exceptionnelle, étant le seul objet connu dans l'étude et la perception de la culture Champa.

Nous savons que la figure de la déesse Durga est mentionnée dans plusieurs inscriptions et apparaît sous diverses formes et incarnations dans l'art cham, telle qu'elle apparaît en bas-relief sur les tympans des tours de My Son  C1 et A1 et sur les grands bas-reliefs à Ưu Điềm et à Hạ Nông Trung (actuellement, la commune de Điện Bàn Tây, Đà Nẵng). Elle apparaît également sous l’apparence d’une déesse guerrière Durga (qui tue le démon buffle) sculptée sur les linteaux en pierre dans la zone des tours de Mỹ Sơn E4 et de Chiên Đàn (situés aujourd'hui dans la commune de Tây Hồ, ville de Đà Nẵng), et dans la tours de Po Nagar (ville de Nha Trang) et la tour de Mam (actullement aujourd'hui quartier d'An Nhon Bac, province de Gia Lai)... Cependant, la déesse Durga sous la forme d'une statue ronde debout est rarement apparue dans l'art Champa.

L'une des rares statues de Durga de la culture Champa est une statue en pierre découverte dans le village de Bích La, au canton de Bích La, du district de Triệu Phong, dans la province de Quảng Trị (actuellement située dans la commune de Triệu Phong, province de Quảng Trị). Cette statue est actuellement conservée et exposée au Musée Guimet en République française. Elle est sculptée en pierre, mesure 107 cm de haut, représente la déesse Durga debout. Elle porte un chignon (jata) sur la tête. Son front est orné d’un troisième œil en forme de losange avec un point en son centre. Le buste est nu, avec une poitrine pleine et ferme qui retombe légèrement jusqu’à son ventre. Le bas du corps est vêtu d'un sarong composé de couches superposées.

Une autre statue de Durga en pierre, découverte à Tra Vinh en 1902 mais appartenant à la culture Oc Eo, qui est actuellement exposée au musée d'histoire de Hô Chi Minh-Ville et date des VIIe-VIIIe siècles. Cette statue représente la déesse Durga debout sur un socle, soutenue par une arche à l’arrière, et portant un casque sur la tête. La statue de 75 cm de haut possède quatre bras. Les deux bras arrières tiennent une corne (main droite) et un moulin à prière (main gauche). Les deux bras avant reposent sur deux piliers de soutien. Elle porte une tiare sur la tête et présente un visage plein, avec des yeux ouverts et des lèvres légèrement souriantes. Son buste était nu et elle porte un sarong aux nombreux plis ondulés et une ceinture serre sa taille fine. Cette statue a été reconnue Trésor national en 2013.

Grâce aux recherches et à la comparaison des similitudes typologiques, on peut trouver que la statue de la Déesse Durga rapatriée est l'une des rares statues sur la Déesse Durga connues dans l'art du Champa et c'est la seule statue en bronze, qui a la plus grande taille et la plus belle, actuellement connue appartenant à ce célèbre art.

Si on compare cette statue à celle en pierre de la déesse Durga, une œuvre rare découverte au début du XXe siècle dans le village de Bich La, commune du même nom, province de Quang Tri (actuellement conservée au musée Guimet, en République française), nous trouvons immédiatement les différences et l’originalité de la statue en bronze de la déesse Durga rapatriée. La statue rapatriée possède un corps élancé, fin et plus proportionné, de taille (157 cm de haut), un visage ovale, des yeux en amande mi-clos, un nez droit et fin, un menton rond, un léger sourire au lèvres, des doigts et des orteils longs et fuselés. Les traits de la statue sont vivants et doux, dégageant la vitalité, le paix et la bonheur. En observant la figure de la déesse, on peut facilement trouver les caractéristiques inhérentes à l'art plastique de la culture d'Óc Eo à son apogée, qui constitue la première période de la sculpture du Champa. Ce sont également les caractéristiques que ont permis aux chercheurs de dater la statue du VIIe siècle (My Son E.1). En même temps, en se basant sur les caractéristiques et la forme de statue, on peut identifier qu’elle porte les caractéristiques de Kushmanda (l'Œuf cosmique): incarnation de Shakti, source de tous les êtres, incarnation de Durga, symbolisant le Créateur qui a apporté la lumière à l'univers ténébreux par son sourire éclatant. Elle est la source d'énergie créatrice, résidant au centre du Soleil, elle accorde la santé et la force au peuple.

En revanche, la statue de Bích La est représentée avec une tête trop grosse par rapport au corps. On trouve un buste légèrement court, une poitrine large et charnue, un ventre saillant, un visage large, un menton court, un front étroit et plat, un gros nez, les yeux allongés, les sourcils très prononcés et joints, une large bouche et des lèvres épaisses exprimant l'aspect féroce et puissant du style de Đồng Dương (aux IX- X siècle).

Si on fait une comparaison plus large la statue de Durga avec celles en bronze de la culture du Champa, la statue récemment rapatriée est la plus grande statue en bronze connue à ce jour; la statue en bronze de Quan Âm Dai Huu, datant du VIIe siècle, haute de 52 cm, conservée au Musée d'Histoire de Hô Chi Minh-Ville; la statue en bronze du Bodhisattva Tara, datant de 875, haute de 114 cm, conservée au Musée de la Sculpture Cham de Da Nang; la statue du Bouddha Dong Duong, haute de 119 cm (y compris le socle), conservée au Musée d'Histoire de Hô Chi Minh-Ville. Toutes ces statues ont été reconnues comme trésors nationaux par le gouvernement.

Ainsi, la statue rapatriée de la déesse Durga possède une forme unique, un art plastique exceptionnel par son esthétique et ses dimensions, par rapport à ceux des statues des périodes plus tardives.

De plus, cette statue ont également les valeurs particulières en matière de histoire, de culture et d’art.

L'apparition des statues de grande envergure comme celle de la déesse Durga montre que le Champa au VIIe siècle avait atteint un niveau de développement de l’organisation sociale, avec de grands monuments religieux (les grands centres de la cour royal ou des centres religieux disposaient des ressources nécessaires pour couler des statues de bronze d'une telle envergure). Et une grande statue de valeur, telle que celle de Durga, doit être placée dans un édifice religieux d'une envergure proportionnée. À cette époque, Tra Kiêu était le centre politique, tandis que My Sơn était le centre spirituel, religeux et de croyance du Champa.

 L'apparition de la statue de la déesse Durga du Champa au VIIe siècle, reflétant subtilement le style artistique de la culture d'Óc Eo tardive, tout en présentant des similitudes avec la statue de Koh Krieng, une célèbre sculpture du VIIe siècle actuellement exposée au Musée national du Cambodge, ịndique qu'au VIIe siècle, le Champa entretenait des échanges culturels avec d'autres pays d'Asie du Sud-Est et était profondément influencé par la culture indienne.

La statue en bronze de la déesse Durga, récemment rapatriée, et d’autres objets similaires découverts dans les anciens temples-tours du Champa, constituent des preuves reflétant la vie culturelle, religieuse et le développement de l'hindouisme (le Saïvisme) dans l'ancien royaume du Champa. L'existence de cette statue indique également que, tout au long de l'histoire, le culte de Shiva (le Saïvisme) était toujours le courant religieux orthodoxe du royaume du Champa. La statue en bronze de Durga revêt à la fois une signification religieuse sacrée et le symbole du pouvoir et de la protection de la communauté et de la dynastie dans tout au long du processus de formation et de développement de ce pays.

À propos de la valeur de l’art plastique, la statue de la déesse Durga est considérée comme une œuvre typique de l'art plastique cham de la période précoce. Elle est représentée dans une posture ferme et stable, une silhouette élancée et harmonieuse. Les détails du corps, des vêtements et des bijoux sont sculptés en détail, de manière harmonieuse et hautement symbolique. En particulier, le visage de la déesse, doux et délicat mais dégageant une autorité - l'esprit de “Durga victorieuse” - est l'une des caractéristiques de l'art hindou, mais indigenisé selon le style de l'art champa. La structure générale qui présente un bel équilibre entre la représentation réaliste et la stylisation, allie subtilement l’art religieux et les symboles de pouvoir pour créer un chef-d'œuvre empreint d’interaction et d'acculturation; cela se présente comme un trait distinctif de cette statue en particulier, et de l'art hindou du Champa en général. Il s'agit du style caractéristique de la période de Mỹ Sơn E1, identifié par des chercheurs comme l’apogée de l'ancien art du Champa.

En ce qui concerne les techniques de fonte du bronze dans la sculpture du Champa, nous considérons généralement la sculpture sur pierre comme leur point fort, avec de nombreux chefs-d'œuvre reconnus. Cependant, la statue en bronze de la déesse Durga, celle du Bodhisattva Tara et quelques autres statues de divinités et de Bouddhas coulées en bronze, témoignent clairement d'une technique de fonte qui a atteint son apogée, bien que ce ne fût pas leur domaine de prédilection. La statue de la déesse Durga a été coulée en une seule pièce, sans aucune trace d'assemblage ni soudure, ce qui témoigne d'une excellente maîtrise de la température et de la fluidité de l'alliage. Les petits détails tels que le chignon, les bijoux et les motifs sont tous coulés directement dans le moule, témoignant de la capacité de calcul précis de l'artisan dès la phase de création du moule. Les traces techniques restant à la surface, telles que les marques de meulage, de polissage et de retouche après la fonte, montrent que les fondeurs chams utilisaient des outils raffinés pour parfaire la surface. Ils maîtrisaient les techniques et la technologie de la fonte, rivalisant avec celles de la bijouterie et de la sculpture sur pierre, bien que les chefs-d'œuvre en bronze laissés par les anciens Chams ne soient pas nombreux à ce jour.

On peut dire que la statue en bronze de la déesse Durga est la plus grande statue en métal et la représentation la plus typique et exceptionnelle de l'art de la culture Champa découverte à ce jour. C'est un ancien objet très rare, possédant de valeurs historiques, culturelles et artistiques du Vietnam, qui avait un “ voyage” extraordinaire pour arriver au Musée National d'Histoire du Vietnam. Cet objet a été reconnu comme Trésor national par le Premier ministre en 2025. Prochainement, après une période de traitement et de conservation, et dans le cadre de son plan de valorisation, le MNHV organisera une exposition pour présenter au public cette statue ainsi que d'autres objets récemment rapatriés.

MNHV

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