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Bảo tàng lịch sử Quốc gia

Musée National d'Histoire du Vietnam

16/08/2023 15:14 734
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Une épée et un miroir, pourquoi ces deux objets se trouvaient-ils avec une guerrière enterrée il y a 2000 ans sur une île de Grande-Bretagne ? Sans doute parce qu’elle jouait un rôle stratégique au cours des raids, grâce à sa maîtrise des signaux lumineux.

 

SUR L’ÎLE DE BRYHER, DANS L’ARCHIPEL DES SCILLY (ROYAUME-UNI), UNE GUERRIÈRE A ÉTÉ ENTERRÉE IL Y A 2000 ANS AVEC UN TROUSSEAU FUNÉRAIRE CONTENANT ENTRE AUTRES UNE ÉPÉE ET UN MIROIR. QUELLE EST LA SIGNIFICATION DE CES DEUX ARTEFACTS ? LES CHERCHEURS LIVRENT LEUR INTERPRÉTATION.

HISTORIC ENGLAND ARCHIVE. PLB K000684.

Comme Sciences et Avenir le relatait il y a peu à propos de la "Dame d’ivoire" de la péninsule ibérique, la protéomique (la recherche ciblée de protéines) est un nouvel outil dont l’archéologie est en train de s’emparer pour résoudre des cas jusqu’alors insolubles, par exemple lorsque les restes sont trop détériorés pour déterminer le sexe d’un individu. Comme l’annonce une équipe d'archéologues et de biologistes britanniques et américains dans le Journal of Archæological Science: Reports, l’organisme Historic England, qui gère les monuments historiques publics du Royaume-Uni, a lui aussi entrepris de recourir à cette méthode pour faire la lumière sur l’une des sépultures les plus énigmatiques de l’âge du fer britannique.

Découverte en 1999 sur l’île de Bryher, dans l’archipel des Scilly, au large de la côte de Cornouailles, elle n’a cessé d’intriguer les chercheurs, incapables de déterminer si le trousseau funéraire était celui d’un homme ou d’une femme, puisqu’il contenait, en plus d’artefacts supposément masculins (des armes), un objet qui accompagne le plus souvent les femmes dans l’au-delà : un miroir. L’énigme est à présent résolue grâce à une protéine, l’amélogénine, dans l’émail dentaire préservé. Ce résultat implique la réinterprétation du mobilier, obligeant les chercheurs à s’interroger sur la symbolique des objets funéraires. Que disent-ils en effet de l’identité sexuelle ou sociale d’un individu ? En l’occurrence, la femme inhumée dans la tombe de Bryher était-elle une guerrière, et quelle est alors la signification de ce miroir ?

"Associations apparemment contradictoires"

En 1999, un paysan découvre une sépulture sur un de ses champs à Hillside Farm, sur l’île de Bryher. Il s’agit d’une ciste, prenant la forme d’une fosse creusée dans la terre dont les parois sont bordées de dalles de pierre, et recouverte d’un couvercle de pierres. Elle contenait un individu, dont les restes, fortement détériorés par l'environnement granitique, ne consistaient plus qu'en 150 grammes d’os et de morceaux d’émail dentaire.

D’après l’usure des molaires restantes, cette personne était âgée d’environ 20 à 25 ans au moment de son décès. Son trousseau funéraire se composait de plusieurs artefacts : un miroir de bronze, une épée en fer de 825 mm de long dans son fourreau en alliage de cuivre, une broche et un anneau en spirale, un objet en étain non identifié et un bouclier en peau ou en bois. Selon les archéologues, la forme de cette sépulture est en soi déjà révélatrice d’un statut, car à l’âge du fer, soit il y a environ 2000 ans, "il semble probable que l'inhumation était un rite que l'on réservait seulement à une petite partie de la population, la majorité étant éliminée d'une manière qui n'a pas laissé de traces archéologiques", expliquent-ils.

Certes, la tombe à ciste d’Hillside Farm n’est pas la seule sur l’archipel, qui en compte 36, mais c’est sans aucun doute la plus riche du point de vue de l’ameublement. Cette richesse se double d’ailleurs d’une certaine originalité puisque les miroirs sont plutôt rares dans toute la région du sud-ouest de l’Angleterre et qu’ils sont alors attribués à des femmes. Pour ce qui est des armes, généralement associées à des hommes, cette tombe est la seule à en contenir dans toute la contrée. Voilà donc un assemblage bien plus énigmatique que signifiant pour les chercheurs, qui n’ont pu à l’époque interpréter cette sépulture, car ils butaient sur cette incompatibilité : "compte tenu des associations apparemment contradictoires entre les genres des objets funéraires, l'absence d'identification du sexe de l’individu a été considérée comme une lacune majeure pour notre compréhension de la sépulture de Bryher", rappellent-ils dans l'étude actuelle.

 
La tombe à ciste d'Hillside Farm, sur l’île de Bryher. Crédits : Association du musée des îles Scilly / Historic England

La protéomique révèle le sexe féminin de l'individu

Les progrès de la science biomoléculaire ayant heureusement changé la donne, les chercheurs d'Historic England ont décidé de faire appel à deux nouvelles méthodes: la génomique et la protéomique, pour essayer de déterminer le sexe de la personne inhumée. La recherche d’ADN ancien se révèle cependant infructueuse, aucun ADN utilisable n’ayant été préservé. Mais les résultats de la protéomique sont indiscutables, grâce à l’amélogénine, une protéine qui prend une forme différente selon le sexe biologique (AMELX pour un individu biologiquement féminin, et AMELY pour un individu biologiquement masculin).

 

Les restes humains retrouvés dans la sépulture de Bryher. Seuls de petits morceaux d'os et de dents, pesant environ 150 grammes, ont été récupérés par les archéologues. Crédits : Historic England Archive

Cette femme était-elle une guerrière ?

Puisque l'on sait à présent que la personne inhumée était une femme, il devient possible d'interpréter son trousseau funéraire en tenant compte de ce nouvel élément. À quoi correspondent les armes en premier lieu ? La situation géographique des îles Scilly en fait par excellence un lieu de violence à l'âge du fer, car cette période est émaillée de conflits intercommunautaires, qui prennent le plus souvent la forme de raids destinés à capturer des femmes ou des enfants. À cette époque, écrivent les chercheurs, "l'Empire romain dépendait économiquement de l'institution de l'esclavage et la Grande-Bretagne était considérée comme un important exportateur d'esclaves". Les îles Scilly, qui se trouvaient précisément entre le continent et le sud-ouest des îles britanniques, auraient pu être "des cibles tentantes pour les raiders maritimes". Des vestiges de "châteaux" juchés à flanc de falaises et dotés de remparts côté terre subsistent encore sur l’archipel, il y en a même un sur l'île de Bryher.

Il est donc envisageable que la jeune femme enterrée à Hillside Farm ait pu jouer un rôle dans ce contexte de violence dont les insulaires ont pu être victimes. Et comme le nombre d’habitants n’est pas très élevé, on peut penser que les femmes ont elles-mêmes participé à leur propre défense. Mais, dans ce cas, ce seul rôle défensif ne suffit pas à expliquer la particularité de l’inhumation de Bryher, raisonnent les chercheurs, sauf "si elle a joué un rôle important dans la réalisation de raids sur d'autres communautés ou un rôle de leader dans l'organisation de raids, en plus de sa participation à la défense".

 

Détail de l'épée trouvée dans la sépulture de Bryher. Crédits : Historic England Archive. PLB K000686.

Quel est le rôle du miroir dans ce contexte guerrier ?

C’est ici qu’il faut envisager de réinterpréter l’accessoire qui pose le plus question dès la découverte de la sépulture, à savoir le miroir. Que signifie-t-il dans ce contexte, à quoi a-t-il pu servir ? À se mirer peut-être, même si le reflet qu’il offre n’est pas nécessairement de très bonne qualité. Historiquement parlant, la fonction cosmétique du miroir est cependant compatible avec l’émergence de la valeur sociale attribuée à l’apparence dans la société de la fin de l’âge du fer.

Il a également pu être utilisé dans un contexte rituel, voire chamanique, pour toutes ses propriétés presque magiques de réflexion et de transposition : "leurs surfaces réfléchissantes ont pu être considérées comme des seuils entre les mondes", expliquent ainsi les chercheurs. Mais surtout, ajoutent-ils, il existe un autre usage probable du miroir, en tant qu’instrument de communication : "La signalisation héliographique- communication par des faisceaux clignotants de lumière réfléchie- est un moyen efficace de signalisation à distance par temps couvert ou ensoleillé". Au moyen d’un miroir, on peut donc aussi bien échanger avec les îles voisines qu’avec les embarcations en mer, pour signaler un danger ou coordonner des manœuvres. Dans ce même contexte, le miroir peut aussi revêtir une fonction rituelle, pour assurer le succès d'un raid ou "purifier" les guerriers à leur retour. La vraisemblance de cet usage est d’ailleurs renforcée par l’élément décoratif présent au dos du miroir de Bryher, ressemblant à un disque solaire.

 

Le miroir en bronze trouvé dans la sépulture de Bryher. Crédits : Historic England Archive. PLB K000687.

Une véritable guerrière avec un rôle stratégique

En conjuguant ces deux interprétations, les chercheurs arrivent à la conclusion que "la fonction héliographique potentielle du miroir pourrait correspondre à un rôle de leader dans la guerre, peut-être dans la planification et/ou la coordination des raids sur d'autres communautés, ainsi que dans la défense contre les attaquants". Cette hypothèse montre ainsi que les objets funéraires ne sont pas forcément à interpréter de manière littérale : la présence d’une arme ne signifie pas nécessairement que la personne inhumée y a personnellement eu recours, mais elle peut simplement symboliser une autre fonction dans le cadre guerrier. Les chercheurs parlent ici de symbolisation indirecte de la personnalité sociale.

Mais même s’il est difficile de déterminer si les offrandes funéraires déposées dans cette ciste symbolisent une participation physique, rituelle ou organisationnelle, cela ne minimise en rien le rôle que la jeune femme a joué dans la guerre, conclut l'étude, car elle était bien une guerrière au sens actif du terme: "étant donné la nature probable de l'organisation sociale dans le sud-ouest de l'Angleterre de la fin de l'âge du fer, cela signifiait très probablement un rôle de premier plan dans les raids". La sépulture de Bryher rejoint ainsi d’autres preuves de la participation des femmes- sans doute combattantes-, aux conflits de l’âge du fer en Grande-Bretagne. Et comme le résume Sarah Stark, biologiste spécialiste des squelettes humains à Historic England, dans un communiqué, cette implication de femmes guerrières dans la violence caractéristique de l'époque "a sans doute jeté les bases à partir desquelles des leaders comme Boudicca allaient émerger plus tard". Cette reine celte initia un soulèvement contre les Romains au 1er siècle de notre ère.

https://www.sciencesetavenir.fr/

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