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Bảo tàng lịch sử Quốc gia

Musée National d'Histoire du Vietnam

17/06/2026 16:19 485
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Le 3 juin dernier, la ministre de la Culture Catherine Pégard a annoncé lors d’une conférence de presse les modalités du prêt controversé de la tapisserie de Bayeux au British Museum. Le chef-d’œuvre médiéval sera exposé à Londres à partir du 10 septembre 2026.

 

Inspection de la tapisserie de Bayeux avant son extraction par la conservatrice de l’œuvre, Caroline Eude Devaux © ministère de la Culture

À quelques semaines de sa traversée de la Manche, la tapisserie de Bayeux est toujours au cœur de l’attention. Lors d’une conférence de presse le 3 juin, la ministre de la Culture Catherine Pégard a tenté de rassurer les plus inquiets sur son transport périlleux. En effet, dans la continuité de l’accord conclu en 2018 avec le Royaume-Uni et comme annoncé depuis juillet 2025 par le Président Emmanuel Macron, ce « trésor millénaire de notre patrimoine » sera prêté au British Museum dans le cadre d’un « partenariat culturel remarquable », du 10 septembre 2026 au 11 juillet 2027. Comment va voyager la tapisserie ? Est-ce sans risque pour elle ? Quelles œuvres seront prêtées en échange ? On fait le point.

626 personnages qui racontent l’histoire de la conquête normande de l’Angleterre
Il s’agit d’un des rares exemples de l’art roman profane. La tapisserie de Bayeux, en réalité une broderie, mesure 70 mètres de long. Inscrite au registre Mémoire du Monde de l’Unesco, elle retrace la conquête normande de l’Angleterre. Ce chef-d’œuvre constitué de fils de laine brodés sur une toile de lin raconte l’épopée de Guillaume, duc de Normandie, devenu roi d’Angleterre en 1066, à l’issue de la bataille de Hastings. L’ensemble est constitué de neuf panneaux reliés entre eux et réunit 626 personnages et 202 chevaux dans 58 scènes qui documentent le XIe siècle normand et anglais.

 

Avant d’extraction et les travaux du musée de Bayeux, la tapisserie était présentée en courbe à la verticale. © ministère de la Culture

Depuis 1983, la tapisserie de Bayeux
« La seule date de notre histoire que tout le monde connaît en Grande Bretagne est 1066, révèle dans un communiqué du ministère de la Culture Lord Peter Ricketts, envoyé spécial du Royaume-Uni pour le prêt de la tapisserie de Bayeux. La conquête a profondément transformé notre langue, notre architecture, notre système politique et bien d’autres aspects de notre vie. Bien que les grandes lignes de la bataille de Hastings soient largement connues, la tapisserie de Bayeux elle-même n’a pas beaucoup été vue par les Britanniques. » Ce prêt exceptionnel à l’occasion de la fermeture du musée de la Tapisserie de Bayeux jusqu’en 2027, pour une refonte complète, offre une occasion idéale de faire revenir le chef-d’œuvre au Royaume-Uni pour la première fois depuis qu’il a été créé, probablement à Canterbury, peu après la bataille de Hastings. Au British Museum, la tapisserie de Bayeux sera présentée à plat sur une table installée dans la Sainsbury Gallery, un espace de 75 mètres de long. Il sera possible de la contempler de près mais aussi depuis une mezzanine, pour la voir dans son ensemble.

En septembre 2025, la tapisserie de Bayeux a été extraite de la vitrine dans laquelle elle était présentée depuis 1983. Le musée de Bayeux a immortalisé ce moment historique en vidéo.

Un voyage dans une double caisse qui permet « d’absorber 96 % des chocs »

En un millénaire, la tapisserie de Bayeux n’a été déplacée qu’à deux reprises. Une première fois en 1804 vers Paris par Napoléon, et une deuxième fois pendant la Seconde Guerre mondiale vers le Louvre sous ordre de Himmler, pour permettre son transfert. Ces deux déplacements ont certainement endommagé la broderie de 70 mètres de long. Lors de la conférence de presse, la ministre de la Culture a assuré que « rien n’a été laissé au hasard » en ce qui concerne son acheminement vers Londres. Actuellement conservée à l’abri dans des réserves, l’œuvre voyagera en juillet à une date secrète dans un camion qui prendra un itinéraire gardé confidentiel pour des raisons de sécurité. Elle sera disposée dans une double caisse spéciale pour limiter les vibrations pendant le transport. Catherine Pégard compare ce dispositif inédit à un berceau dans lequel on aurait déposé un nouveau-né. Il permettra « d’absorber 96 % de la force d’un choc » et de contrôler les conditions climatiques et d’éclairage.

 

Tapisserie de Bayeux, scène 9 (détail, circa 1070-1080) © Musée de la Tapisserie de Bayeux

Une pétition contre ce prêt historique
« De nombreux experts ont été mobilisés pour faire en sorte que le transport à Londres et l’exposition au British Museum ne portent pas atteinte à sa conservation », décrit Philippe Bélaval, chargé de mission auprès du président de la République pour le prêt de la tapisserie au British Museum. Néanmoins, ces résultats ne convainquent pas les plus sceptiques. En effet, les restauratrices Isabelle Bédat et Béatrice Girault, qui étaient intervenues sur la tapisserie de Bayeux lors d’une opération de conservation en 1983, avaient déjà émis des doutes sur la faisabilité du projet en 2018. « On ne peut pas la restaurer de façon à rendre son transport sans risques. Ce n’est pas comme une sculpture qu’on pourrait consolider. » En janvier 2020, un constat d’état révélait 24 000 taches, 16 445 plis, près de 10 000 altérations et une trentaine de déchirures qui pouvaient compromettre son transport.

 

Tapisserie de Bayeux, scène 9 (détail, circa 1070-1080) © Musée de la Tapisserie de Bayeux

Notre confrère Didier Rykner de « La Tribune de l’art » et l’association Sites et Monuments ont lancé durant l’été 2025 une pétition contre ce prêt (réunissant plus de 78 000 signatures à ce jour). Le média a également publié de nombreux articles mettant en lumière les zones d’ombre et risques du déplacement de l’œuvre extrêmement fragile. Didier Rykner y dénonce notamment la fiabilité des deux voyages à blanc du protocole de sécurité de l’œuvre. S’ils ont permis d’identifier certains éléments à risque du trajet, ces tests n’ont en revanche pas été réalisés dans les mêmes conditions que le réel voyage, ayant été effectués avec un fac-similé sans les mêmes caractéristiques physiques de la tapisserie de Bayeux (notamment une toile en coton au lieu du lin).
L’association avait demandé au Conseil d’État l’annulation du prêt. Deux jours après la conférence de presse, l’institution publique a rejeté le recours, estimant qu’elle n’était pas compétente pour se prononcer sur cette question. « Ce prêt a été annoncé lors d’une visite d’État au Royaume-Uni, dans le cadre d’une déclaration relative au renforcement des relations bilatérales franco-britanniques, explique la plus haute juridiction de l’ordre administratif français dans un communiqué. Son caractère diplomatique, symbolique et historique ne permet pas de le détacher de la conduite des relations internationales de la France. »

Un acte de diplomatie culturelle
Ce prêt de la tapisserie de Bayeux s’inscrit dans une démarche de diplomatie culturelle. L’exposition du British Museum lancera « Millenium 2027, Année européenne des Normands », où plus de 1000 événements mettront les épopées normandes sur le devant de la scène européenne et commémoreront le millénaire de la naissance de Guillaume le Conquérant. De son côté, le musée londonien prêtera certains de ses trésors (dont la plupart sortiront pour la première fois des îles britanniques) à des institutions françaises. Entre avril et octobre 2027, le musée de Normandie à Caen accueillera le trésor de Sutton Hoo, dont son superbe casque de guerrier. Découverts en 1939 dans le Suffolk au Royaume-Uni par l’archéologue Basil Brown, ces objets datant du VIIe siècle étaient conservés dans une sépulture extraordinaire rendant hommage à une figure proue de l’Est-Anglie, le royaume anglo-saxon local.

 

Le casque de Sutton Hoo, casque anglo-saxon de la fin du VIe siècle ou du début du VIIe siècle, sera exposé au musée de Normandie à Caen, d’avril à octobre 2027. © British Museum

Des pièces de l’échiquier de Lewis au musée des Beaux-Arts de Rouen
De janvier à avril 2027, le musée des Beaux-Arts de Rouen présentera 30 dessins de la Renaissance italienne issus des collections du British Museum, puis, d’avril à octobre 2027, le musée normand recevra plusieurs magnifiques pièces de l’échiquier de Lewis du XIIe siècle, découvertes en 1831 par un marchand voyageant de la Norvège vers l’Irlande. Ces pièces en ivoire de morse témoignent des liens culturels et politiques étroits entre les royaumes des îles britanniques et la Scandinavie au Moyen Âge, ainsi que du succès croissant des échecs en Europe. Ces expositions seront soutenues financièrement par le ministère de la Culture et réalisées en coproduction avec le GrandPalaisRMN.

 

Plusieurs pièces de l’échiquier de Lewis du XIIe siècle seront exposées de janvier à avril 2027 au musée des Beaux-Arts de Rouen. © British Museum

Une restauration en public ?
Après son séjour londonien, la tapisserie de Bayeux devrait rentrer définitivement en Normandie. Dans le nouveau musée de la Tapisserie de Bayeux, le chef-d’œuvre sera présenté sur une table inclinée conçue spécifiquement pour permettre de l’exposer au public et de conduire sa restauration en simultané, sur l’endroit et l’envers. La date précise du début du chantier n’a pas été communiquée pour le moment, il devrait se dérouler sur une période de 18 à 20 mois. Après toutes ces péripéties, cette restauration sera certainement bien méritée.


https://www.connaissancedesarts.com/

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