En novembre 2026, Bruxelles inaugure Kanal, un complexe culturel de 40 000 m² installé dans un ancien garage Citroën, qui accueillera un musée soutenu par le Centre Pompidou et des espaces accessibles gratuitement.
Au cœur de Bruxelles, l’ancien garage Citroën devient Kanal, l’un des plus grands complexes culturels d’Europe. Le site industriel de 40 000 m2 regroupera plusieurs musées, des points de vue et des espaces accessibles gratuitement. Visite en avant-première.
Autour de la station de métro Yser, à la frontière nord-ouest de Bruxelles-Ville, grues et marteaux-piqueurs s’agitent à l’unisson. Leur concerto pointe vers Kanal, vaste complexe artistique qui prend racine dans l’ancien garage et showroom Citroën. Ce bâtiment moderniste, construit en 1934, accueillera un musée d’art moderne et contemporain soutenu par le Centre Pompidou, un musée d’architecture, un auditorium, des bureaux, des ateliers de création, des points de rencontre ainsi que des espaces de restauration. Le coût du projet s’élève aujourd’hui à 235 millions d’euros.
Six stades de foot et trois maisons
Si l’absence de gouvernement régional a pu laisser craindre des retards ou des restrictions budgétaires, les équipes de cet « hyper lieu » semblent avoir foi en l’avenir. « Je n’ai absolument aucun doute : nous ouvrirons le 28 novembre », a confié la directrice artistique Kasia Redzisz lors de la visite de chantier proposée à la presse début 2026.
Le viaducq de Koekelberg viaduct près du square Sainctelette, vers 1958, carte postale Colorprint, Bruxelles.
Si la superficie du Centre Pompidou correspond à cinq stades de foot superposés, Kanal, lui, en absorberait six. Sur les 40 000 m2 du site, la moitié, jalonnée de restaurants, de salles de lecture, d’une aire de jeux conçue par le collectif Assemble (lauréat du Turner Prize en 2015), sera accessible gratuitement au public. Le tout s’organise autour de quatre entrées, placées aux extrémités de deux axes majeurs : « la rue » de 120 mètres relie le canal Bruxelles-Charleroi au parc Maximilien ; « la nef » de 200 mètres, le centre-ville et le nord.
Vue de l’extérieur de Kanal, image de synthèse. Credit: Atelier Kanal © Secchi Smith
De part et d’autre de cette dernière artère se déploient Kanal-Centre Pompidou, 12 500 m2 de galeries d’exposition répartis sur cinq niveaux, dont un étage creusé dans le sol, et Kanal Architecture, anciennement CIVA (Centre d’Information de la Ville, de l’Architecture, du Paysage et de l’Urbanisme de Bruxelles), qui abrite un centre de recherche et documentation fort de quelque 500 fonds d’archives. Plus loin se dresse le « Rassembleur », comme l’appellent les équipes, qui « rassemble » des bureaux et un auditorium. Ces trois structures ou « maisons », pour reprendre la terminologie officielle, ont été construites et imbriquées dans l’écrin original du site. Tout au bout, à l’angle du square Sainctelette et du quai de Willebroeck, l’ancien showroom, présenté comme un espace polyvalent, culmine à 24 mètres de hauteur. Le toit a été nivelé pour devenir un observatoire doublé d’un « rooftop bar » qui offre un panorama décoiffant.

Vue de la salle de lecture de Kanal, image de synthèse. Credit : Atelier Kanal © Secchi Smith
Expositions et participation à la clef
Dix expositions marqueront l’inauguration. Au sein de Kanal Architecture, le projet « Right to the city – Right to the future » tend à redorer le blason de la ville, perçue par certains comme un creuset de contradictions. Pour obtenir le titre de musée, la fondation Kanal s’était engagée dès 2018 à se constituer une collection.
Decoratelier Jozef Wouters and POOL IS COOL, FLOW . Open air swimming pool, Brussels. Image courtesy of Kanal
L’institution compte désormais une centaine de pièces, des acquisitions et des commandes (budget correspondant : 250 000 euros par an) qui feront partie des 350 œuvres présentées dans « A truly immense journey ». Cet accrochage comprendra une majorité de prêts du Centre Pompidou qui continue ainsi d’honorer la convention de partenariat signée en 2017 avec la Région de Bruxelles-Capitale. Des icônes internationales de l’art moderne — Lygia Clark, Pablo Picasso, Natalia Gontcharova, Henri Matisse… — seront confrontées à des artistes contemporains nés ou basés à Bruxelles, tels que Sammy Baloji, Edith Dekyndt ou Aglaia Konrad.
Joshua Serafin, Relics. HORST art and music. Photo : © Michiel Devijver
Otobong Nkanga, qui vit et travaille à Anvers, disposera dans le Hall 2 des métiers à tisser en bois, incitant à la création d’œuvres collectives. Cette installation participative reflète l’une des valeurs principales de l’institution : impliquer le plus grand nombre dans sa programmation. De jeunes acteurs, âgés de 18 à 30 ans, seront invités à « incarner » des œuvres. Près de 200 élèves de quatre écoles voisines ont déjà contribué à la rédaction de cartels. « L’inclusivité est le meilleur moyen pour que le public s’approprie les lieux », souligne Kasia Redzisz. Les équipes de Kanal espèrent ainsi attirer un demi-million de visiteurs dès la première année d’ouverture et inverser peut-être la tendance actuelle, selon laquelle moins de 10 % de la population bruxelloise irait au musée plus d’une fois par an.
Otobong Nkanga, Awaiting Pleasure – The Workstation (détail) , 2003 – 04, dimensions variables. Photo: Ami Weic kaane Sar