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Bảo tàng lịch sử Quốc gia

Musée National d'Histoire du Vietnam

21/11/2023 15:48 399
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Les récentes fouilles réalisées sur le site sumérien de Tello montrent que sa mystérieuse structure, auparavant interprétée comme un temple inhabituel, était il y a quatre millénaires une "machine innovante de sauvegarde de la civilisation". Elle propulsait l'eau vers des endroits éloignés où elle était nécessaire, préservant de l'assèchement les canaux, vitaux pour le mode de vie des Sumériens.

 
 

Construits dans ce qui était autrefois la cité sumérienne de Girsu, à proximité de la ville moderne de Nasiriyah (sud de l'Irak), les deux bâtiments d'une "construction énigmatique" sont découverts en 1929, d'abord décrits comme les restes d'un temple ou d'un barrage. Les recherches (vols de drones, tests au sol) ont depuis confirmé que l'ensemble enjambait il y a 4 000 ans une voie navigable de presque vingt kilomètres de long. Ses vestiges constituent ainsi le plus vieux pont connu au monde.

Les dernières fouilles menées par une équipe d’archéologues du British Museum et de professionnels du patrimoine irakien (formés pour protéger les sites antiques endommagés par Daesh) permettent d'aller encore plus loin dans la compréhension des installations de cette ancienne civilisation : il s'agirait d'une "machine anti-sécheresse" unique en son genre, expliquent les experts au Telegraph ce 17 novembre 2023. À nos confrères, le Dr Ebro Toruń, conservateur participant au projet, déclare :

Lutte ancestrale contre la sécheresse à Girsu

Dans les ruines de Girsu (site archéologique de Tello), que les spécialistes s'efforcent de consolider avec de l'argile fluviale molle, les seules traces d'eau encore visibles sont les cicatrices des oueds (terme générique tiré de l'arabe wādī, "lit de rivière", qui désigne un fleuve du Moyen-Orient) désormais asséchés, dans le paysage de sable jaune de la province la moins peuplée d'Irak (Dhi Qar).

Il y a 4 000 ans pourtant, le "plus vieux pont du monde" permettait de contenir un canal de 30 mètres de large dans un passage de 4 mètres, ont montré les dernières fouilles en date. Plus encore, les preuves archéologiques suggèrent que cette construction, ainsi que la formation d'un unique canal, aurait constitué une tentative désespérée des anciens habitants de Girsu pour survivre à la sécheresse.

Ces derniers dépendaient déjà grandement de l'eau ; un système d'irrigation avancé dirigeait l'eau du Tigre et de l'Euphrate vers des canaux arrosant les champs de la Basse-Mésopotamie, fournissant la nourriture nécessaire à la vie urbaine de cette civilisation de Sumer, plus ancienne du monde antique.

Devant le manque d'eau donc, ils construisirent le fameux dispositif : deux structures symétriques en briques crues d'environ quarante mètres de long, 108 mètres de large et avec des murs de 3 mètres de haut, disposées en deux courbes opposées se recourbant vers l'extérieur.

Tous les cours d'eau semblent avoir été détournés dans un seul et même canal qui, en passant dans le dispositif, aurait vu son débit s'accélérer, forçant ainsi l'or blanc à atteindre des lieux plus éloignés en aval, la capitale administrative voisine de Lagash du royaume éponyme, par exemple.

Une innovation reposant sur "l'effet Venturi"

D'après les chercheurs, une telle installation répond à un principe théorisé bien plus tard, à la fin du XVIIIe siècle : l'effet Venturi, selon lequel le rétrécissement d’un jet d'eau au niveau de deux obstacles- une "gorge" rétrécie, par exemple- entraîne une augmentation de sa vitesse, et donc une diminution de pression. Le canal irakien présente même une "chute abrupte" en son centre, ce qui aurait facilité l'effet Venturi, dont les Sumériens semblent ainsi avoir été conscients.

"Nous n'avons vu aucun autre exemple de ce type dans l'ancienne Mésopotamie. Les parois du pont sont inclinées vers l'extérieur. Cela augmente encore le débit, mais personne ne le savait, à notre connaissance, jusqu'au XXe siècle", s'étonne le Dr Ebro Toruń.

L'impressionnante structure a par ailleurs été construite sur la base d'une ancienne construction de même nature, suggérant que cette technologie "d'accélération de l'eau" était bel et bien connue il y a des millénaires. "Ils connaissaient tous les facteurs clés, ils savaient ce qu'ils faisaient."

Les experts du British Museum estiment que l'installation aurait été érigée par les dernières générations vivant à Girsu, dans un ultime effort de conserver leur habitat. L'archéologue Sébastien Rey, responsable du projet en Irak interrogé par le Telegraph, insiste sur ce point :

L'eau, d'une importance capitale dans les mythes

Les changements climatiques du IIe millénaire av. J.-C., sûrement à l'origine de la transformation des rivières mésopotamiennes, ont toutefois eu raison de leur incroyable ingéniosité. En 1750 av. J.-C., les habitants de Girsu désertèrent la ville. Ils se croyaient sûrement abandonnés par les dieux ; les textes sumériens parvenus jusqu'à nous montrent que des rituels complexes (sacrifices, libations) faisaient partie du quotidien des Sumériens pour maintenir les faveurs des dieux de la fertilité et de l'eau.

Il faut dire que les grands mythes fondateurs de la mythologie mésopotamienne sont liés à cette précieuse ressource : la création du monde à partir des eaux primordiales, comme en témoigne un poème gravé sur une tablette retrouvée à Ougarit (ou actuelle Ras Shamra, Syrie) ; et la destruction et la renaissance de l’humanité, à travers le récit du Déluge dans l'épopée de Gilgamesh.

En 1872, lors de fouilles menées dans les ruines de la bibliothèque d'Assurbanipal à Ninive, George Smith, spécialiste en assyriologie au British Museum, y découvre (puis déchiffre) douze tablettes gravées de caractères cunéiformes. Plus de 3 000 vers sumériens font état de l'histoire épique d'un certain Gilgamesh, roi vers 2 600 av. J.-C. de l'importante cité d'Uruk (sud de l'Irak) qui tente de faire- de façon grossièrement résumée- revenir à la vie son ami Enkidu.

Or, la tablette numérotée XI fait état d'une histoire semblant quelque peu s'éloigner de la quête d'immortalité de Gilgamesh… et qui n'est pas sans rappeler l'ultérieur récit biblique de l'arche de Noé.

Le héros y rencontre, au-delà de l'Eau de la Mort, un homme dénommé Uta-Napishtim, qui lui raconte avoir été informé par le dieu de la Sagesse Éa (Enki) de la décision de l'assemblée des divinités de détruire l'humanité. Il lui a ordonné de renoncer à ses richesses, de démolir sa maison et d'en faire un bateau géant. Il survit ainsi au fameux Déluge… mythe présent dans de nombreuses cultures.

https://www.geo.fr/

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